La brique de Biganos             

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 Quel est le lien entre, d’une part la superbe villa Fantaisie, conçue et réalisée en 1911 par Gabriel Fargeaudoux, "l’arcachonnaise"  René-Berthe, ainsi que de nombreuses autres villas pittoresques, et d’autre part Myrtil et Myriam, deux villas basco-landaises très originales réalisées après la première guerre mondiale.
C’est la brique de Biganos, un produit local qui avait perdu la réputation qu’il mérite, mais qui est de nouveau recherché pour ses qualités esthetiques.
Principal problème : la fabrication s'est arrêtée il y a une cinquantaine d'années

 Inventée en Mésopotamie il y a environ 4500 ans, la brique cuite va voir sa fabrication codifiée par les Romains. Ils vont la généraliser en Gaule, et elle subsistera particulièrement dans les régions  où la pierre est rare comme dans les environs de Toulouse et Albi, créant une architecture régionale tout à fait typique.
Elle sera peu utilisée dans la basse vallée de la Garonne où la pierre est abondante.
 

Fantaisie,   avenue Nelly Deganne en Ville d'Automne
Sur le Bassin d’Arcachon, les demeures des plus riches seront en pierre, les autres habiteront des maisons de bois et de torchis jusqu’au 19ème siècle, cette dernière technique étant peu onéreuse grâce à l'utilisation de matières premières et de compétences locales
Contrairement à ce que beaucoup croient, la construction en brique n'était pas moins coûteuse que celle en pierre,  elle était évidement moins prestigieuse.

La terre cuite sera par contre utilisée pour la réalisation de tuiles, les tuileries fabriquant également des carreaux de sol et quelques briques.

A Biganos, au fond du Bassin d'Arcachon, une argile presque blanche donne, lorsqu’elle n’est pas colorée, une terre cuite blonde très caractéristique qui a été produite pendant des siècles par des tuileries artisanales.
La brique de Biganos traditionnelle est plate, comme la tuile romaine, toujours mate. Elle a 22 à 25 cm de long, 11 à 12 de large, seulement 3 à 4 d’épaisseur. Les dimensions variaient sans doute légèrement d'une entreprise à l'autre.

 Le développement au 19ème siècle du style « Brique et pierre » et la création d’Arcachon vont entrainer un développement de la brique de Biganos. Elle était fabriquée par des briqueteries artisanales à  la qualité irrégulière et dont le nombre était passé rapidement de 2 à 13.
Elles seront progressivement remplacées par deux briqueteries industrielles qui vont proposer aux architectes un catalogue de briques de dimensions et couleurs variées d’excellente qualité.

 De nombreux architectes de renom, tels Louis Garros ou Gabriel Fargeaudoux vont utiliser leurs couleurs dans les belles villas de notre station. Le marché était vaste, les concurrents girondins de Gazinet et Virelade en livreront également grâce au train qui arrivait à Arcachon dès 1857.
 

Brique de Biganos traditionnelle

René-Berthe
 allée Charles Rhoné, en Ville d'Hiver

 Après 1918, le style « pittoresque » s’efface au profit d’un style régionaliste, basco-landais dans notre région.

 Louis Garros, petit fils du précédent, essaiera de lancer un style basco-landais en brique de Biganos, mais les très belles villas qu’il construira ainsi au Moulleau ne réussiront pas à lutter contre l’image dévalorisée de la brique répandue par les friches industrielles.
Dans l’esprit des clients, la brique sera vue désormais comme un matériau industriel bon marché. Ce sera la fin de la fabrication de la brique de Biganos dont il reste de magnifiques témoins dans notre station. 

 Surtout, ne peignez pas vos briques et, s’il vous en reste quelques unes dans un coin, ne les jetez pas. Conservez les pour des réparations éventuelles. Dans quelques années, on n’en trouvera plus. 

 Si vous désirez approfondir l'histoire de la brique de Biganos, vous pouvez consulter le bulletin n°129 d’août 2006 de la Société Historique et Archéologique d'Arcachon et du Pays de Buch (SHHA).


Myrtil, allée d'Annunzio, au Moulleau
Très belle villa réalisée par Louis Garros (petit-fils) avec des briques mates
 et
très claires  
                           
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  Francis Hannoyer     décembre 2008